Dans son interview Jacques Attali: «Une chance sur deux pour que l'euro n'existe plus à Noël», Jacques Attali souligne le fort risque sur l'existence même de l'Euro.
Extrait : « Faut-il craindre la perte par la France de son AAA que les marchés semblent avoir déjà anticipée ?
La question n'est plus celle-là. Aujourd'hui, la note est perdue. La question désormais est la suivante : «Est-ce que l'euro existera toujours à Noël ?» Il y a plus d'une chance sur deux pour que la monnaie unique ne soit plus là ou du moins qu'elle soit en train de se défaire. »
Petite analyse rapide de l'interview.
On retrouve un certain prosélytisme en faveur d'une Europe fédérale comme en témoigne l'extrait suivant :
«Comment éviter ce scénario ?
Il reste une seule solution qui est de mettre en place un plan à trois niveaux. D'abord, en urgence, permettre à la Banque centrale européenne (BCE) de racheter des obligations d'Etat. Ce que toutes les banques centrales font sauf la BCE, si ce n'est de manière homéopathique. Deuxièmement : faire un accord entre pays européens sur le contrôle par les autres du déficit budgétaire de chacun. C'est-à-dire perdre de la souveraineté au bénéfice des autres et pas des marchés. Troisièmement : mettre en place une réforme des traités pour permettre à l'Europe d'avoir dès à présent des recettes fiscales et de pouvoir prêter des eurobonds (obligation émise par l'Europe). Voici les trois étages. Le premier peut se faire en cinq minutes, le deuxième en une semaine, le troisième en six mois. Mais il faut lancer les trois en même temps. Sinon, on va au désastre. Soit on fait quelque chose avant le 9 décembre, date du prochain sommet des dirigeants des pays de l'Union européenne, soit l'euro est menacé dans son existence même.»
Mais qu'aurait-on à la fin ? Un tandem José Manuel Barroso - Herman Van Rompuy à sa tête, Catherine_Ashton aux affaires étrangères, les Goldman Sachs boys à la BCE ... et les peuples européens devraient abdiquer de leur droit à décider de leur avenir comme les Grecs et les Italiens ont été condamnés à le faire ?!!!...
L'urgence même de l'échéance du 9 décembre donne l'impression qu'en ce moment beaucoup d'intérêts soufflent sur les braises pour obtenir un résultat qu'ils savent ne pas pouvoir obtenir autrement ... urgence signifiant que les peuples ne sont pas consultés, pas davantage que les parlements nationaux !!... On se prend à rêver d'un référendum comme en Islande où le peuple a par deux fois signifié son refus de rembourser la dette !...
Ainsi le rachat de dettes des états par la BCE semble être un moyen de faire durer le jeu un peu plus longtemps et les inquiétudes récentes sur la dette allemande le moyen d'obtenir une concession des Allemands ... Ce qui au final ce serait pas forcément une bonne chose. Imaginons le scénario : l'Angleterre se précipiterait pour faire prendre en charge sa dette publique (la plus importante d'Europe soit dit en passant, à presque 1000 milliards d'euro) par la BCE tout en continuant de faire bande à part et de jouer contre l'Euro, et on peut compter sur les Goldman Sachs boys pour charger la barque de dettes que nous peuples européens serions chargés de rembourser ... On peut même penser que la BCE viendrait en aide de la dette US (plus de 15.000 milliards tout de même !!) et de la FED en achetant les T-bonds US ... dont la Chine cherche précisément à se défaire au profit de biens/avoirs/ressources tangibles.
D'un autre côté, on peut penser que l'Allemagne profite de la situation présente pour se démarquer de la France dans la perspective d'une redéfinition des équilibres au sein de la Zone Euro, histoire d'avoir le lead ...
Pour compléter la vision de Jacques Attali sur le fédéralisme qu'il souhaite pour l'Europe, on lira avec intérêt son blog : Passer par les peuples, enfin! (post du 23 oct 2011)
RépondreSupprimerExtrait :
« Un tel fédéralisme est absolument nécessaire. Il est une question de survie. Et pour ma part j’y suis favorable, depuis longtemps, sous sa forme la plus élaborée : l’eurozone reçoit une recette fiscale autonome , qui lui permet d’emprunter, pour investir et reprendre une partie de la dette de chaque état membre, qui doivent, en échange, maitriser leurs déficits ou se voir imposer cette maitrise, s’ils sont incapables de la décider par eux-mêmes. »
A noter la réserve qui suit immédiatement :
« Mais dans l’état actuel de déséquilibre politique de l’Europe, un tel fédéralisme ne fera que donner aux pays les moins endettés le pouvoir de contrôler les déficits de ceux qui le sont un peu plus.
Le risque est grand qu’alors cette Europe là choisisse de réduire la fiscalité du capital et de rechercher les économies nécessaires dans les seuls domaines où triomphe encore le désir de justice sociale
[...]
Si on va dans cette direction, la défense de l’euro aura entrainé le démantèlement des modèles sociaux des pays les plus avancés , pour le seul avantage de l’industrie financière.
[...]
Pour éviter cet engrenage [...] absolument pas nécessaire à la survie de l’euro, il faut dès maintenant compléter le projet de fédéralisme budgétaire par celui d’un fédéralisme social , qui ajusterait le modèle social vers le haut.
»
Et la conclusion sous forme de constat fataliste :
« Malheureusement, dans les circonstances actuelles , les gouvernements ne le proposeront pas. »
Une anticipation maintenant, malheureusement très probable
« Et on attendra qu’un jour les peuples rejettent toute la construction européenne pour y penser. Il sera alors trop tard.
Pour l’éviter, les peuples devront s’en mêler tout de suite . On pourrait imaginer pour cela qu’ils utilisent l’article 11 du traité de Lisbonne, qui rentrera en vigueur le 1er janvier 2012 »