En première approche :
- D'ici 2022, l'Allemagne devra à la fois trouver les moyens de produire une large partie des 22% d'énergie actuellement produits par le nucléaire et dans le même temps réduire sa consommation significativement. Dans les deux cas, cela donne un objectif et une direction tant aux producteurs d'énergie qu'aux fabricants de matériels (économie d'énergie) ... et c'est positif dans les deux cas, ne serait-ce qu'en terme d'avantage économique !
- Cela libèrera les crédit qui allaient jusque-là vers la filière nucléaire pour les mettre à disposition du secteur des énergies renouvelables, et notamment de la recherche, ce qui permettra à l'Allemagne de prendre de l'avance dans ce domaine (notamment les réseaux intelligents) ... et bientôt de concurrencer les offres « tout nucléaire » de la France et des autres promoteurs du nucléaire
- La sortie anticipée du nucléaire de l'Allemagne va lui permettre de travailler dès maintenant au démantèlement de ses centrales, et donc de mettre au point une « offre » pour les pays qui voudraient démanteler leurs centrales. Cette offre portant sur la plupart des 17 centrales allemandes actuelles, viendra en compétition de l'offre que d'autres acteurs comme la France devront se résoudre à faire et réduira la manne que des acteurs comme la France auraient pu penser récupérer dans le démantèlement des centrales !...
- A mesure que la solution des énergies alternatives deviendra plus crédible (en terme d'efficacité, de cout, de consommation de capital, de retour sur investissement, de durée de vie, de rapidité de déploiement, de souplesse, de maitrise du risque), l'offre « nucléaire » perdra de son intérêt compte-tenu de ses risques non maitrisés et de ses nombreux autres défauts. La filière nucléaire est appelée à devenir le nouveau secteur sinistré comme les mines et l'acier l'ont été avant elle ... avec le coût humain qu'on a déjà pu voir.
- Les pays qui auront tout misé sur le nucléaire se trouveront alors face à un effet ciseau : peu crédibles sur les énergies renouvelables et peu compétitifs (retard technologique et capacité de production insuffisantes), très lourdes charges de recyclage de leur centrales combinées aux charges d'équipement pour basculer d'un modèle tout nucléaire vers un modèle à base d'énergie renouvelables, auxquelles s'ajoute la nécessité d'importer la technologie dont ils n'auront pas la maitrise et/ou la capacité de production (déjà aujourd'hui, la Chine est le plus gros producteur de panneaux solaires)
- Attractivité des pays qui auront développé les énergies renouvelables du fait de la qualité de vie et de la préservation de l'environnement, auxquels viendront s'ajouter un cout de l'énergie électrique bien plus faible que celui des pays pour lesquels l'électricité est d'origine nucléaire. En effet, le parc vieillissant coutera de plus en plus cher à exploiter, les investissements très lourds du nucléaire, naguère portés par la collectivité au travers de l'opérateur historique et du programme d'armement nucléaire, devront maintenant être supportés par les acteurs privés, ou au moins apparaitre clairement (budget de RDF), de même que les charges exceptionnelles de sécurisation suite à la catastrophe de Fukushima, ainsi que les couts de démantèlement des centrales trop vieilles ... Dans une période économique de réduction de la dette des états, de lutte contre les déficits et de réduction des dépenses de l'état, il reste à voir combien de temps sera nécessaire pour que des propositions de réduction des dépenses liées au nucléaire se fassent jour ... augmentant le risque de leur exploitation ...
- Des centrales vieillissantes sont synonymes de risques d'accident accrus, avec tout ce que cela implique ... couts en cas de survenue d'incidents / accidents, risques sur la santé publique, pollution de l'environnement, dépréciations de la valeur des biens des régions concernées, ... A ce titre, les conséquences de Fukushima sont édifiantes.
- Il ne manquerait plus que le nucléaire ne soit plus considéré comme neutre du point de vue du réchauffement climatique du fait de ses trop nombreux risques pour que les objectifs européens de réduction des émissions de CO2 devienne un objectif hors de portée pour les pays dont la production énergétique dépend trop du nucléaire ... Ce qui en ferait une arme politique au service des pays ayant misé davantage sur les énergies renouvelables ...
un commentaire intéressant sur la dispersion du nuage de Fukushima et ce que cela signifie en terme de dissuasion nucléaire ... et donc sur les dépenses d'armement dans le nucléaire ...
RépondreSupprimerUn article de L'Expansion présentant la réaction habituelle ... mais à courte vue ... parce qu'elle est centrée sur l'instant présent, pas sur la dynamique créée par la décision politique : L’hypocrite sortie du nucléaire de l’Allemagne
RépondreSupprimerD'ailleurs, l'Allemagne peut tout aussi bien, temporairement ou non, construire des centrales à énergie fossile (gaz ou pétrole) et accroitre ses importations de la part de la Russie ;-)
Le point déterminant dans la décision allemande, c'est que cela force l'ensemble des acteurs du secteur (les politiques [politique énergétique, industrielle, environnementale, logement, équipement, ...], les fournisseurs d'énergie, les industriels consommant l'énergie, les consommateurs, les fabricants d'appareils, les acteurs de l'immobilier, ...) à se repositionner dans un jeu dont les lignes sont amenées à se déplacer : cela crée un mouvement, là où les décisions françaises ont créé un statut quo, interdisant aux acteurs d'entreprendre toute action autre que marginale, tellement le "lock in" est favorable au lobby pro-nucléaire :-(
Autre analyse L'Allemagne sort du nucléaire : les conséquences
RépondreSupprimer